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COMMUNIQUE : SIMONE TAILLEFER
le 15/12/2016 11:33:06

Une nouvelle maison d'édition : Monemvassia

Chers amis,
Comme vous le savez peut-être, il est très difficile de trouver des éditeurs pour la littérature néo-hellénique : ils répondent que les Français ne la connaissent pas et par conséquent ne l’achètent pas et qu’ils ne veulent donc pas prendre de risques.
Exemple parfait de cercle vicieux !
J’avais donc publié en 2013 et 2015, en auto-édition à compte de traducteur, deux titres : « Femmes de Grèce » de Galatée Kazantzaki et « Comme le roseau dans la plaine » de Vanguélis Kolonas, que certains d’entre vous ont peut-être lus.
J'ai franchi à présent une nouvelle étape en créant une minuscule maison d’édition : « Monemvassia » ( ce site extraordinaire dont le nom, oh combien symbolique, signifie « unique entrée »), sous la forme d’une association Loi 1901.
Outre que cela offre un cadre plus officiel aux futures publications, Monemvassia pourra éventuellement recevoir des subventions.
A part ça, je continue à assurer toutes les tâches (et à avancer les fonds) : traduction, mise en page, couverture, impression et diffusion — le nerf de la guerre ! —, n’ayant bien sûr pas les moyens de payer un diffuseur.
Pour le premier titre publié à Monemvassia, j’ai eu la chance de découvrir le seul ouvrage en prose d’une icône de la poésie grecque actuelle, Kiki Dimoula, dont quelques recueils de poèmes sont traduits en français. Pour vous en donner une idée, je vous joins une des nouvelles, ainsi que les 1° et 4° de couverture de ce recueil intitulé « Hors programme ».

Simone Taillefer
Tous ces ouvrages sont en vente à l’adresse suivante :

Editions Monemvassia
N° 1071 Chemin du NOUAU
34730 - PRADES le LEZ
Tél. 04 67 59 73 19
10 € + 3€ de port, franco de port à partir de deux livres commandés.


Kiki Dimoula est sans doute, dans son pays, la plus connue parmi les poètes grecs actuels et touche un large éventail de lecteurs. Bon nombre de ses poèmes ont été traduits en français, mais elle nous présente ici son unique recueil de prose — « Moi, ce n’était que des vers-petits soldats que je me souciais d’envoyer au front » —, des nouvelles écrites pour une revue dans les années 60 et publiées seulement en 2004.
« Fausse » prose car la poésie s’y tient en embuscade au détour de chaque page, avec les images et les personnifications surprenantes qui sont sa marque : « il marche sur l’ivresse, le sol le plus tremblant du monde », « les coïncidences ont un casier judiciaire chargé », ou bien « ça rouille aussi, la mort ».
Récits « volés rétrospectivement à ses souvenirs », portraits de voisins ou d’inconnus saisis sur le vif et dont les détails révèlent un monde intérieur subtil. En toile de fond, des aspects de la société grecque : mariages arrangés, avec la jeune fille qui doit apprendre par coeur le métier du prétendant, mère toujours en noir qui ne sort jamais de chez elle, vieux parents désespérés par l’exil de leurs enfants…
Méditation sur le bonheur, l’amour, la relation à la mère, le temps qui passe, la mort, mais dont la gravité est toujours tempérée par un humour discret, et souvent par la cocasserie des situations et des dialogues. Kiki Dimoula naît en 1931 à Athènes où elle vit depuis toujours. Après ses études secondaires, elle travaille pendant vint-cinq ans à la Banque de Grèce. En 1954 elle épouse le poète Athos Dimoulas avec qui elle aura deux enfants et dont la mort restera une blessure
ineffaçable.
Ses nombreux recueils de poèmes sont traduits dans plusieurs langues et elle est nommée en 2002 à l’Académie grecque qui couronne son oeuvre.

Couverture :
« Là où nous finissons, la mer commence ». K.Dimoula
Photo S.
Taillefer : carrières antiques dans l’île de Skyros - Sporades !!
Prix : 10 €
ISBN 978-2-9558938-0-7


Une nouvelle de Kiki Dimoula, du recueil « Hors programme » !!!!!
Le déclin de la vie


On ne peut pas dire exactement ce qui se passe avec ce chien fou au poil noir et ce petit vieux hirsute et ahuri. Ils sont apparus sur la place dans un élan si brusque, comme poussés par un grand vent furieux. On ne peut dire si c’est le vieux qui promène le chien ou l’inverse. Impossible non plus de certifier à coup sûr lequel des
deux porte au cou le collier de cuir. En tout cas, si c’est le chien qui le porte, le vieillard en souffre, quelque chose lui serre le cou, comme s’il étouffait.
Il ressemble à un étranger qu’on ferait entrer de force dans un salon, à un innocent dans une prison, à un égaré dans un autre monde. Et comme il affermit ses pieds sur le sol en penchant le corps en arrière pour que les bonds du chien ne le renversent pas, on dirait qu’il refuse d’entrer dans ce monde, qu’il veut rester dans le sien. Mon Dieu,
fallait-il que tu donnes à chacun son monde ?
Je suis la scène assise sur un banc, le vieillard est entraîné par le chien, de vieux papiers par le vent et quelques feuilles aussi sont arrachées à leur monde.
Et soudain au moment où tout tombe dans un grand doute, le vieillard se retrouve assis sur mon banc. Hors d’haleine, il attache le chien et réussit à murmurer :
— Pourquoi m’être mis dans la tête de venir à Athènes pour me faire balader par un chien.
Le chien attaché, furieux, déchire deux ou trois feuilles jaunies.
Le vieux le gronde :
— Laisse les feuilles tranquilles…
Je suis émue par cette tendre protection de l’automne.
— Nouveau venu ? dis-je d’un ton accueillant.
— Tout à fait. Mes enfants habitent ici depuis longtemps et mouraient d’envie
qu’on soit tous réunis. Ma vieille aussi en mourait d’envie : allons-y, allons-y, qu’on
ait quelqu’un pour nous fermer les yeux… Et un beau matin ma fille est venue dans
l’île, elle a vendu toutes nos affaires, fermé les volets, barricadé les portes, nous a
traînés sur le bateau… Et on est arrivé à Athènes…
— Ça ne vous plaît pas, Athènes ?
— Ça va.
— Peut-être que le bruit vous fatigue…
— Ça va.
— C’est une autre vie ici certainement..
— Ça va.
— Vous avez perdu vos amis …
— Je m’en fiche. Je me fiche de tout. Sauf de ma table de nuit. Ils auraient pas
dû la vendre… Ils pouvaient bien balancer tout le reste. Mais ma table de nuit, il
fallait pas, je l’avais fabriquée… tout seul, en attachant ensemble des bouts de bois. Je
l’avais à côté de mon lit, avec son petit tiroir et sa petite clé, et dedans j’enfermais ma
montre, mes lunettes, ma pipe. Ma vieille râlait : pourquoi tu fermes à clé, mon
pauvre ? Tu caches ta pipe ? Pourquoi tu fermes à clé ? Ça me fait plaisir, je lui disais.
J’ai supplié ma fille : laisse-moi la prendre, juste ça, je te bénirai, laisse-la-moi…
Rien à faire. On t’en prendra une moderne, qu’elle a répondu.
— Et alors elle vous en a pris une ?
— Pas encore. C’est pas urgent, père, qu’elle me dit. Et même si elle m’en prend
une… C’était autre chose ma table de nuit, fabriquée de mes mains, avec sa petite clé,
la prunelle de mes yeux… Allez, Loukas, on y va, on a assommé la dame avec nos
histoires de famille. Allez, ramène-moi à la maison.
C’est le chien de mes enfants, me dit-il. Emmène-le promener, père, qu’ils m’ont
dit, pour faire des connaissances… Qu’est-ce que j’en ai à faire des étrangers ? Si
seulement j’avais ma table de nuit, je m’en passerais bien des connaissances… Allez,
Loukas, on y va.

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