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RESUMES-(cliquez) : TURQUIE
le 22/9/2012 9:04:47

Turquie : problématique néo-ottomane.

L’histoire des Turcs commence bien évidemment avant celle de la Turquie moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui. La Turquie est située entre deux mondes et deux civilisations, avec des influences venant de ces deux mondes. Il existe une Turquie résolument tournée vers l’Europe. Mais, en même temps, il existe une autre Turquie – la même Turquie - tournée vers l’Orient. Suivant l’air du temps, les influences et intérêts particuliers, elle est pro-européenne ou elle est ottomane et orientale.
Après la première guerre mondiale, l’effondrement de l'Empire ottoman a créé une instabilité certaine dans la région. Les jeunes turcs, souhaitant un état homogène, ont provoqué des génocides et le « nettoyage ethnique » du pays. Ce terme fut largement utilisé un peu plus tard, mais nous pouvons dire que la pratique était bien là, en Asie Mineure, au début du siècle dernier. Les Kurdes, les Grecs, les Arméniens et bien d’autres en savent quelque chose…
Le traité de Lausanne (juillet 1923), annule les dispositions prises à Sèvres, comprises dans le traité du même nom. L'indépendance, la souveraineté et les frontières du nouvel État sont reconnues. L’échange des populations avec la Grèce renforce encore davantage l’homogénéité du nouvel état, basé sur la tentative de construction d’une identité turque, s’éloignant de l’Empire et du Califat. La langue turque y joue un rôle primordial. Nous pouvons affirmer que l’espace national occupé par la Turquie a été créé et qu’il fallait ensuite créer la nation turque occupant cet espace. De là viennent tous les problèmes de génocide (des Arméniens et des Grecs entre autres) et de déni d’identité (des Kurdes) que la Turquie moderne a connus.
Mustafa Kemal renforce son autorité et met fin à la monarchie ottomane en supprimant l'institution du sultanat. Il fonde son propre parti, devenu Parti républicain du peuple (PRP), instaure la République, dont il devient le premier président, et fixe la capitale à Ankara. Parallèlement, un certain nombre de symboles tentent à démontrer la volonté d’européaniser la Turquie. Dans ce registre, il faut ajouter l’abandon en 1928, des lettres arabes au profit de l'alphabet latin. Toute velléité de révolte de quelque origine qu’elle soit est réprimée, souvent dans le sang.
Devenu président de la République après la mort d'Atatürk, en 1938, Ismet Inönü doit prendre position sur les grandes questions internationales, au premier rang desquelles, la seconde guerre mondiale.
La Turquie reste neutre pendant le second conflit mondial – elle déclare la guerre à l'Allemagne en février 1945 ! Toutefois, et n’ayant payé aucun tribut ni subi des dommages irréversibles pendant la guerre, elle réussit à s’en sortir sans dommages et même à se présenter comme faisant partie du camp des vainqueurs.
La suite de sa vie politique est une succession de coups d’état militaires avec l’intervention de l’armée dans les affaires civiles. En schématisant, nous pouvons dire que le coup d'État militaire de 1960, a inauguré une série d'interventions de l'armée dans la vie politique turque.
L’invasion de Chypre et l’occupation d’une partie du territoire de l’île constitue, aux yeux de l’armée turque, un des points les plus importants et glorieux, à mettre son actif.
De même, l’actuel ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, considère que l’un des deux faits glorieux réalisés par la République de Turquie est l’invasion et l’occupation continue du nord de Chypre. L’autre étant la prise de la région d’Alexandrette aux dépens de la Syrie.
L’armée considérant, à la fin des années 1970, que la Turquie était prête à basculer dans le chaos s’empare (en septembre 1980) directement du pouvoir. Le général Kenan Evren, qui devient chef de l'État, suspend la Constitution, dissout les partis politiques, interdit les formations syndicales, pourchasse les groupes extrémistes et censure la presse : l'ordre public est restauré aux dépens des libertés démocratiques.
Le régime militaire promulgue une nouvelle Constitution, soumise à référendum en 1982, mais ne peut empêcher un civil, Turgut Özal, fondateur du parti de la Mère patrie (ANAP), de remporter les élections de 1983.
Pendant dix ans, la vie politique est marquée par la personnalité de Turgut Özal. Sur le plan intérieur, cette période est marquée par la progression de l’islamisme, jusque dans les hautes sphères de l'État.
Sur le plan extérieur, Ankara tente de mener une diplomatie active en s'efforçant de restaurer l'image du pays. En déposant sa candidature à l'entrée dans la Communauté européenne, en 1987 (celle-ci ne sera admise officiellement par l'Union qu'en décembre 1999 au sommet d'Helsinki), la Turquie franchit un pas supplémentaire.
Le pays continue à naviguer, néanmoins, entre islamisme et menaces de l’armée pour une nouvelle intervention dans les affaires civiles.
Un autre volet de la politique turque de ces récentes années est constitué par l’effort de « réunifier » l’espace turcophone, de l’Asie à l’Europe. Cet effort a eu un succès tout relatif. Ce volet de la politique turque est à mettre sur le compte des velléités « impériales » de la Turquie.
En 2002, le parti de l’actuel premier ministre Recep Tayyip Erdogan le Parti pour la justice et le développement (Adalet ve Kalkınma Partisi) – ou l’AKP – prend le pouvoir, qu’il conserve jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit d’un parti à tendance islamique, qui, par son action islamise petit à petit la vie et la société turques. Il sait utiliser à merveille, les opportunités et les possibilités qu’offre la démocratie, à son profit, pour appliquer et faire avancer son idéologie profonde.
D’autre part, l’AKP a réussi à transformer les kémalistes en une force réactionnaire, en comparaison à la politique ou plutôt aux croyances que ce parti veut imposer aux Turcs.
C’est dans cette perspective, que nous devons appréhender le retour à l’idéologie impériale de l’Empire ottoman, dans la Turquie actuelle. Cela explique également, dans une grande mesure, les errements actuels de la politique extérieure de la Turquie mais aussi sa politique à l’égard de ses minorités ainsi que par rapport à l’Union européenne.
Cet ensemble d’idées et de comportements agit naturellement dans l’ensemble de la région du Moyen Orient et de la Méditerranée orientale.

Charalambos Petinos
Historien / byzantinologue

Dernier ouvrage paru : « Byzance, la naissance de l’Empire (IVème-VIème siècles », L’Harmattan, 2012.
A paraitre : « Géopolitique de la Turquie : le néo-ottomanisme »

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