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RESUMES-(cliquez) : EGALITE DES SEXES EN TURQUIE
le 4/3/2015 10:14:14

L’égalité des sexes selon le président turc Recep Tayyip Erdogan

Fin novembre 2014 (le 24 plus précisément), Erdogan s’est offert une nouvelle polémique. En effet, le président turc a déclaré que les femmes ne pouvaient être considérées comme les égales des hommes. Cette précision a été mise en scène devant un auditoire choisi et composé de femmes se penchant sur le thème de la justice et des femmes.
Erdogan a dit :
« Notre religion a défini une place pour les femmes (dans la société) : la maternité. Certaines personnes peuvent le comprendre, d'autres non. Vous ne pouvez pas expliquer ça aux féministes parce qu'elles n'acceptent pas l'idée-même de la maternité. Leur caractère, leurs habitudes et leur physique sont différents (...) vous ne pouvez pas mettre sur un même pied une femme qui allaite son enfant et un homme. Vous ne pouvez pas demander à une femme de faire tous les types de travaux qu'un homme fait, comme c'était le cas dans les régimes communistes, vous ne pouvez pas leur demander de sortir et de creuser le sol, c'est contraire à leur nature délicate. »
Rappelons que Racep Tayyip Erdogan est un habitué depuis de longues années des sorties provocatrices, notamment sur la religion. Erdogan a déjà tenté, sans succès, de limiter le droit à l'avortement. Il recommande également aux femmes d'avoir au moins trois enfants.
Son parti, l'AKP, qui dirige sans partage la Turquie depuis 2002, est régulièrement accusé de dérive autoritaire et de vouloir islamiser la société turque, notamment en limitant les droits des femmes. Le vice-Premier ministre Bülent Arinç s'est récemment illustré sur ce front. D'abord en recommandant aux femmes de ne pas rire à gorge déployée, au nom de la « décence », puis en critiquant celles qui dansent autour d'une barre verticale. Plus précisément, le 28 juillet, Arinç déclarait :
:« Une femme doit conserver une droiture morale, elle ne doit pas rire fort en public », a-t-il affirmé lors d'un déplacement dans la circonscription de Bursa. « L'homme doit être moral, la femme aussi, elle doit savoir ce qui est décent et ce qui ne l'est pas. Elle ne doit pas rire fort devant tout le monde, doit absolument garder sa décence à tout moment. »
Il est possible de multiplier à l’infini de telles déclarations d’Erdogan et de son entourage, ajoutons néanmoins un autre incident, qui concerne une journaliste turque. Selon l’AFP (8 août 2014), Erdogan a provoqué une nouvelle polémique en s'en prenant à une journaliste turque connue, à qui il a intimé de « rester à sa place ». À deux jours du premier tour du scrutin présidentiel qu’il a ensuite gagné, Erdogan, à l’époque Premier ministre, a nommément mis en cause Amberin Zaman, correspondante du magazine américain Newsweek en Turquie et journaliste au quotidien turc Taraf, coupable à ses yeux de l'avoir critiqué au cours d'un débat télévisé. « C'est une militante déguisée en journaliste, c'est une femme effrontée (...) reste à ta place », a déclaré le chef du gouvernement au cours d'un rassemblement public à Malatya, dans l’est de la Turquie, le jeudi 7 août 2014. « Ils t'ont donné un stylo, tu écris un éditorial dans un quotidien (...) et tu insultes une société musulmane à 99 % », s'est-il emporté. « Vous lynchez une femme musulmane qui vous décrit tel que vous êtes parce que les femmes sont des cibles, n'est-ce pas ? » lui a rétorqué la journaliste dans son éditorial publié le vendredi 8 août 2014 par Taraf.
Lorsque le président turc est arrivé au pouvoir en 2002, il a donné l’impression de vouloir libéraliser la presse dans le sens où il était alors permis de critiquer des institutions réputées auparavant intouchables. Une de celles-ci était l’armée. Néanmoins, quand Erdogan a pris le dessus sur l’armée dans les années 2006-2008, il a instauré d’autres lignes rouges, d’autres tabous qui ne peuvent faire l’objet de critiques dans la presse sous peine de poursuites, des menaces, des licenciements, etc. Un de ces tabous est la personne même et l’entourage du président.
Enfin, sur ce dernier sujet, rappelons que l’Organisation Non-gouvernementale Reporteurs sans frontières classe la Turquie au 149ème rang sur 180 pays en ce qui concerne la liberté de la presse. L’année précédente elle était classée au 154ème rang. On lit dans le rapport 2015 de l’ONG :
« La remontée de la Turquie dans le Classement doit être largement relativisée : elle s’explique essentiellement par la remise en liberté conditionnelle, en 2014, d’une quarantaine de journalistes emprisonnés. Mais ces derniers restent poursuivis et pourraient de nouveau être jetés en prison d’un jour à l’autre. Surtout, la dégradation du score « hors exactions » atteste que la liberté de l’information continue en réalité de reculer : aggravation de la cybercensure, poursuites judiciaires, licenciements de journalistes critiques, interdiction de publier sur certains sujets… Ebranlé par un vaste scandale de corruption présumée, l’exécutif aura tout fait pour l’étouffer et contrer l’influence de son nouvel ennemi numéro un, la confrérie Gülen. Quitte à prendre de plus en plus de libertés avec l’Etat de droit. »
Le constat est sans appel : l’Etat de droit est en net recul en Turquie. La liberté d’expression et les droits des femmes, pour ne citer que ces deux domaines, ont pris un sérieux coup. En même temps, l’autoritarisme du président Erdogan à son paroxysme. S’agit-il encore d’un pays qui se réforme, afin de répondre aux critères européens des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour, éventuellement, adhérer à l’Union européenne ?

Charalambos Petinos
Historien et écrivain
Dernier ouvrage paru : « Turquie : entre nostalgie ottomane et mythe européen, Editions Variations, 2015.

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