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le 11/6/2015 9:26:47

L’enseignement religieux en Turquie ou comment forcer les Alévis à renoncer à leur foi et leur culture


Le quotidien turc Hurriyet Daily News du 11 février 2015 rapporte qu’une directive du Directoire chargé de l’éducation religieuse du ministère turc de l’Education précise que seuls les élèves de confession chrétienne ou juive seront dispensés des cours obligatoires sur l’islam sunnite.
Cette directive est essentiellement dirigée contre la communauté alévie de Turquie. Rappelons que l'alévisme regroupe des membres de l'islam dits hétérodoxes et revendique la tradition universelle et originelle de l'islam et plus largement de toutes les religions monothéistes. Il s’agit d’un large syncrétisme qui donne une approche très libérale de la religion.
Les alévis sont musulmans mais n’ont pas l’obligation des cinq prières quotidiennes ni du pèlerinage à La Mecque; ils boivent de l’alcool et les femmes ne sont pas voilées. Leur lieu de culte n'est pas la mosquée mais le cemevi, (cem evi) qui signifie, en turc, maison ou lieu du rassemblement. Pour les alévis, les textes relatifs au foulard des femmes n'ont aucun caractère universel et ces textes sont, selon les conditions sociales et de vie d’aujourd’hui, caduques. L'alévisme constitue la seconde religion en Turquie après le sunnisme. Si officiellement ils constituent les 10 et 15 % de la population turque, les sources alévies estiment qu’ils sont entre 20 à 25 % de la population.
Néanmoins, comme cette religion n’est pas reconnue par l’islam officiel turc, l’établissement des statistiques précises est impossible. En outre, la répression dont les alévis ont été victimes durant la période ottomane, répression qui a continué sous la République turque, a provoqué chez eux un sentiment de peur ; ils se sentent rejetés et mis au ban de la société par les autorités turques, religieuses et politiques.
Rappelons également que la Turquie a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme en 2014, à propos du non-respect de la liberté religieuse.
Plus précisément, la Cour européenne des droits de l’Homme, dans une décision du 16 septembre 2014, sur une requête introduite par des parents d’enfants alévis dit : « Violation de l’article 2 du Protocole n° 1 (droit à l’instruction) de la Convention européenne des droits de l’homme à l’égard de Mansur Yalçın, Yüksel Polat et Hasan Kılıç. Dans cette affaire, les requérants, qui sont de confession alévie, une branche minoritaire et hétérodoxe de l’islam, soutenaient que le contenu des cours obligatoires de culture religieuse et morale à l’école était axé sur l’approche sunnite de l’islam.
La Cour constate en particulier que, en matière d’enseignement du fait religieux, le système éducatif turc n’est toujours pas doté de moyens appropriés pour assurer le respect des convictions des parents. La violation de l’article 2 du Protocole n° 1 que la Cour constate à ce titre tire son origine d’un problème structurel, déjà identifié dans l’affaire Hasan et Eylem Zengin. La Turquie doit sans tarder y remédier, notamment avec la mise en place d’un système de dispense de cours de CRCM (« cours obligatoire de culture religieuse et de connaissances morales »), dont les parents puissent bénéficier sans avoir à dévoiler leurs convictions religieuses ou philosophiques. »
Dans la même décision, la Cour précise : « Par ailleurs, le fait que le système turc n’offre une possibilité de dispense du cours de CRCM qu’aux élèves chrétiens et juifs donne nécessairement à penser que l’enseignement dispensé en la matière est susceptible d’amener ces élèves à faire face à un conflit entre l’instruction religieuse dispensée par l’école et les convictions religieuses ou philosophiques de leurs parents. La Cour note à cet égard que la quasi-totalité des États membres offrent au moins un moyen permettant aux élèves de ne pas suivre un enseignement religieux, en prévoyant un mécanisme de dispense, en donnant la possibilité de suivre une matière de substitution, ou en laissant toute liberté de s’inscrire ou non à un cours de religion.
La Cour conclut que le système éducatif turc n’est toujours pas doté des moyens appropriés pour assurer le respect des convictions des parents, et, par conséquent, qu’il y a eu violation de l’article 2 du Protocole n°1 à l’égard de Mansur Yalçın, Yüksel Polat et Hasan Kılıç. »

Charalambos PETINOS
Historien / écrivain

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