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RESUMES-(cliquez) : PHOCEE - ΦΩΚΑΙΑ
le 9/6/2014 10:28:38

Centième anniversaire du massacre des Grecs de Phocée
Εκατοστή επέτειος της σφαγής των Ελλήνων της Φώκαιας


Εκατοστή επέτειος της σφαγής των Ελλήνων της Φώκαιας.(κάντε κλικ - Cliquez ici)

Marseille la phocéenne, fille dévouée à sa mère martyre spirituelle. (κάντε κλικ - Cliquez ici)
Η Φωκιανή Μασσαλία αφοσιωμένη κόρη της Μαρτυρικής Πνευματικής Μητέρας της. (κάντε κλικ - Cliquez ici)


Félix Sartiaux, le sac de Phocée et l’expulsion des Grecs Ottomans
d’Asie Mineure, juin 1914


Photo : Les fouilles dans une rue de Chora, mai 1914
Chargé par le gouvernement français d’une mission archéologique à Phocée, sur le site de l’antique et illustre cité ionienne qui a répandu dans notre Provence les bienfaits de l’hellénisme et de la civilisation, j’ai été mêlé et j’ai été amené à prendre personnellement une part assez active aux événements tragiques qui se sont déroulés, au mois de juin 1914, sur les côtes d’Asie Mineure et qui ont été couverts jusqu’ici par le silence.
J’avais beaucoup vu, recueilli directement et sur le vif de nombreux témoignages.
Mais j’avais considéré que, durant l’accomplissement de ma mission, ma qualité officielle me faisait un devoir de n’adresser mes rapports, mes constatations, mes réflexions qu’au gouvernement et à ceux dont je tenais mes fonctions.
Cette mission a été brutalement suspendue dans les premiers jours de juillet, quelques semaines avant qu’éclatât le formidable coup de tonnerre qui a bouleversé l’Europe et dont le retentissement vient de se propager jusqu’à ces rivages mêmes de l’Asie.
J’estime qu’en relatant maintenant les faits dont j’ai été témoin, en livrant à l’opinion les informations que j’ai rassemblées, je n’engage plus que moi-même.
Trop longtemps le silence a été gardé. Il importe à l’histoire, à la justice, à l’humanité, au renom de probité et d’honneur de la France dans le monde, que mon témoignage soit entendu.


Le premier coup de feu éclate vers huit heures du soir.

Photo :Les habitants grecs de Phocée obligés de quitter leur ville après le Mavro imeroniktio (Après-midi et nuit noires) qui, selon le calendrier julien en vigueur à l’époque, s’est déroulé du 30 au 31 mai 1914 (12 au 13 juin d’après le calendrier grégorien).
J’entends les chocs sourds des haches et des crosses, défonçant les portes de la maison attenant à la mienne ; des cris de détresse, des hurlements de douleur alternent avec le crépitement de la fusillade. L’odeur de la poudre remplit bientôt ma chambre.
La maison n’a pas d’étage, impossible d’en défendre les accès. Si le gendarme posté devant la porte ne se fait pas obéir, si notre drapeau n’est pas respecté, nous sommes infailliblement massacrés. Je prends une arme, décidé à vendre très cher nos vies, si la porte est enfoncée. La sinistre veillée commence, la nuit se passe dans l’angoisse. Les réfugiés tremblent et se lamentent. On vient sans cesse me demander avis, les femmes se jettent à mon cou, les enfants pleurent. Ti tha kâmome : Que faire ? Na mas voïthisi o Théos ! Que Dieu nous vienne en aide !
J’essaie de leur communiquer la confiance qu’ils doivent avoir dans le drapeau de la France. Au dehors, retentissent dans la nuit, d’ordinaire si pure et si sereine, les clameurs de l’effroi et du meurtre : les cris, les plaintes et les gémissements des victimes, les hurlements des chiens, le piétinement des chevaux, les coups secs des armes à feu, les appels gutturaux et sauvages des assaillants.
Vers le matin, un peu de calme se rétablit ; nous avons été épargnés. J’entrouvre prudemment un volet : les cavaliers défilent devant ma fenêtre, le fusil en bandoulière, les revolvers et les coutelas à la ceinture.
Je sors sur le pas de la porte : de grandes flammes s’élèvent du centre de la ville, bien au-dessus des noirs cyprès ; un gros nuage de fumée obscurcit le ciel rose devant le soleil levant. J’ai su, peu de temps après, que l’incendie avait été allumé au moyen de la pompe à incendie remplie de pétrole.
Les maisons verrouillées, où le feu a été mis, étaient remplies de monde. Je rejoins mes compagnons; les balles sifflent à nos oreilles ; nous assistons au spectacle le plus atroce qu’on puisse imaginer.


Nos maisons se vident

Photo : Mytilène. Le camp des réfugiés phocéens, le lendemain de leur arrivée.
Photographie : 19 juin 1914
À mesure que nos maisons se vident des réfugiés de la veille, elles se remplissent de nouveaux venus, qui ne se sentent à l’abri des violences que sous nos toits. Ils ne doivent la vie qu’à l’abandon total de leurs biens, la plupart ont les vêtements déchirés, un grand nombre sont ensanglantés ; dans la violence de l’attaque, de l’expulsion, ils ne peuvent même pas emporter du pain pour la route.
De riches notables du pays s’enfuient nu-pieds, ils ont été dépouillés même de leurs chaussures ; les enfants pleurent, à la recherche de leurs parents ; nous cachons à une mère le meurtre de ses deux bébés ; nous ramassons dans la rue un enfant de quelques jours à peine, dont nous ne pouvons retrouver la mère et que nous confions à une femme qui allaite son petit.
Des femmes se jettent à notre cou, nous suppliant de retrouver leur époux, leur père, leurs filles, violées et enlevées. Les scènes les plus émouvantes sont les adieux de nos vieux et excellents amis.
Les uns me prennent dans les bras et, les larmes dans la voix, me disent leur éternelle reconnaissance. Les autres dominent leur douleur, me tendent leurs deux mains, et leurs doux et bons regards, fixés longtemps dans le mien, plongent jusqu’au fond de mon cœur en un dernier et muet adieu...


Pendant toute la journée du samedi 13 juin, jusque vers sept heures du soir, se déroulent simultanément les scènes de ces deux grands actes du drame : le navrant exode, le pillage éhonté. Trois mille huit cents Grecs ottomans sont partis pour Salonique par le premier des navires, deux mille environ par le second pour Le Pirée. J’ai télégraphié dès le matin à Smyrne pour qu’on nous envoie d’autres bateaux ; il y a, en effet, sept mille Grecs à l’ancienne Phocée (7 077, d’après la statistique turque officielle de 1913) ; des réfugiés des villages environnants se sont joints à eux ; les deux premiers navires ne pouvaient suffire. Deux remorqueurs envoyés sans délai par un généreux Français de Smyrne, M. Guiffray, arrivent sous nos pavillons, dans l’après-midi, et repartent chargés pour Mytilène.
Les populations qui viennent d’être chassées d’Anatolie ne sont pas des populations quelconques, que les troubles de la politique orientale transportent d’une région à une autre. Ce sont les héritiers directs de ces illustres et hardis Hellènes, dont nous tenons notre civilisation, qui ont posé les premières bases du droit et de la morale, qui ont découvert les premiers principes de la science et ont épanoui dans le monde le charme et la perfection de la beauté.
Depuis trois mille ans, les côtes de l’Asie Mineure sont grecques ; ce sont les Grecs qui ont créé la vie, qui l’ont entretenue et développée sur cette terre souriante. Ils y ont maintenu, sans interruption, la langue, les traditions, le culte de leurs ancêtres. Une rupture, une cassure brusque viennent de se produire dans un long enchaînement, dont les Perses, les Romains, les Byzantins et Latins, les Ottomans du XVème siècle avaient respecté la continuité.
À Phocée notamment, cette illustre cité ionienne, qui a si hardiment porté sur les rivages de notre Provence les bienfaits de l’hellénisme, les survivants de tant de bouleversements et de désastres ont toujours réussi à défendre le patrimoine antique, contre la poussée, maintes fois répétée, de hordes conquérantes et barbares. De génération en génération, ils se sont transmis leurs traditions, leurs souvenirs. Aucune des attaques qu’ils ont subies, au cours de leur histoire brillante et tourmentée, n’a brisé le lien qui les rattachait à leurs origines et n’a présenté ce caractère de lâche agression, dont la Jeune Turquie vient de marquer leur exode.
J’éprouve, dans ma tristesse, une consolation en pensant que, grâce à notre présence, nous avons pu, mes trois compagnons et moi, soutenir à Phocée, pendant ses derniers jours, le prestige de la France et affirmer, sur ce vieux sol, la tradition d’humanité et d’honneur; dont le renom n’est pas l’un de nos moindres titres en Orient.
Je ne puis songer, sans émotion, que la vie de la vieille métropole de Marseille s’est achevée dans les plis de notre drapeau ; c’est vers lui que les derniers regards des malheureux exilés se sont tournés avec reconnaissance : le nom de la France est le dernier qu’ils ont prononcé, en abandonnant leur antique foyer.
Je suis heureux de pouvoir maintenant exprimer tous mes remerciements à M. Colomiès, Consul Général de France à Smyrne, et au personnel du Consulat Général, pour l’aide qu’ils m’ont donnée, et rendre un public hommage à leur noble et courageuse attitude dans ces circonstances si difficiles.


Un groupe de tsétes (soldats non officiels) avec leur butin. L’un d’entre eux, monté, parade fièrement, arborant une ombrelle comme un trophée… Derrière eux, les Phocéens grecs sont rassemblés devant la maison de Sartiaux qui a hissé les couleurs de la France afin de les prendre sous sa protection. Ils font des signes pour que les bateaux viennent les chercher.
Photographie : Félix Sartiaux ,13 juin 1914.






La ville de Marseille, fidèle aux sentiments de reconnaissance et de piété filiale, que, plus d’une fois elle a affirmés, au cours de l’histoire, à l’égard de sa vieille Métropole, a fait verser aux victimes de Phocée, dès qu’elle a eu connaissance du désastre, un secours de cinq mille francs.

Félix Sartiaux, De la Nouvelle à l’Ancienne Phocée, juin 1914.


Extrait du livre de Haris Yiakoumis
PHOCEE 1913-1920
Le témoignage de Félix Sartiaux

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